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  Linguistique et littrature

         
Sabir



: 394
: 01/11/2009
: 26
: Email : sabir.alg@hotmail.fr . Algerie

: Linguistique et littrature     26, 2011 5:48 pm

Dominique Maingueneau
Universit Paris XII
Rflchir sur les relations entre linguistique et littrature est aujourdhui difficile dans la mesure o les pratiques des enseignants, mais aussi des chercheurs, associent - souvent de manire incontrle trois couches historiques : la stylistique, le structuralisme et les courants pragmatiques et nonciatifs, qui mettent en avant la notion de discours .
Lge de la stylistique
Jusqu'aux annes 1960 les relations entre linguistique et littrature n'taient gure problmatiques. Quand il s'agissait, dans une perspective philologique, d'"tablir" un texte littraire on faisait appel aux connaissances accumules par la grammaire historique, qui la littrature fournissait d'ailleurs une bonne part de ses donnes de langue. Mais les relations entre linguistique et littrature les plus intressantes se nouaient dans la stylistique. En fait, on doit distinguer deux types de stylistique.
Il existe une stylistique qu'on pourrait dire "atomiste" ; c'est une stylistique scolaire qui vise tudier les "procds" par lesquels un auteur parvient crer un certain "effet" sur son lecteur. On postule qu'on peut tablir des rapports systmatiques entre des "procds" linguistiques et des "effets" sur le lecteur. J'ai parl de stylistique "atomiste" parce qu'on part de faits localiss, considrs isolment ; on considre le texte comme une somme d'effets de style, qui rsultent de la bonne utilisation d'une sorte de bote outils. Les traits de stylistique traditionnels classent les procds en diffrentes rubriques (les exclamations, l'antposition de l'adjectif, les mtaphores...) en essayant de leur associer des catgories dtermines d'effets de sens. On se contente en gnral de puiser dans deux domaines, qui jouent en quelque sorte le rle de botes outils terminologiques : la rhtorique classique, et la grammaire descriptive lmentaire. Dans le premier ensemble, le plus souvent rduit aux tropes, on trouve surtout des listes de "figures" (mtaphore, anacoluthe, inversion, antonomase, anaphore....) ; dans le second on trouve les termes usuels de la grammaire scolaire. Une telle dmarche se place dans la filiation de l'"inventio" de la rhtorique antique, conue comme art de trouver les moyens verbaux les mieux adapts une certaine finalit. On pourrait parler d'une stylistique des moyens d'expression .
Il existe une autre type de stylistique, celle que je dirais "organique", troitement lie l'esthtique romantique. L'oeuvre littraire y est conue comme l'expression de la conscience d'un Sujet, l'crivain, qui "exprime" travers son uvre une "vision du monde" personnelle. Etudier une uvre consiste donc remonter de cette uvre vers la conscience qui la fonde. L'oeuvre y est apprhende comme une totalit organique qu'il est impossible de dcomposer, projection et lieu de rvlation d'une conscience qui y manifeste son "energeia". Le dfenseur le plus fameux de cette conception de la stylistique est peut-tre Marcel Proust, dans son livre Contre Sainte-Beuve et diffrents articles, en particulier dans son tude du style de Flaubert[1]. On peut lui associer le nom de Lo Spitzer. Une telle stylistique a encore beaucoup de prestige aujourd'hui parce qu'elle est consusbstantielle l'esthtique romantique, qui domine largement nos reprsentations de l'art. Qui songerait rcuser l'ide qu'une oeuvre littraire est l'expression de la conscience de son auteur, le reflet de sa vision du monde ? que "le style n'est pas une affaire de technique, mais de vision", pour reprendre une formule clbre de Proust ?
Cette approche organique du style entretient des relations ambigus avec la linguistique. Proust s'est intress l'usage de l'imparfait chez Flaubert pour montrer que l'auteur de Madame Bovary utilisait ce temps de l'indicatif en le mettant au service de sa vision du monde particulire. Mais il aurait aussi bien pu entrer dans cette vision du monde de Flaubert en tudiant l'intrigue, les mtaphores, les personnages, etc. La stylistique organique n'entretient pas, en effet, de rapport essentiel avec la linguistique ; pour elle la notion de "style" est beaucoup plus large, elle ne se rduit pas un certain maniement de la langue. Cela se comprend, car en dernire instance l'objet vritable de cette stylistique n'est pas le discours littraire mais la conscience de l'crivain, exprime dans son oeuvre. Pour Spitzer l'tude stylistique peut partir de n'importe quel plan de l'oeuvre, linguistique ou non : "le sang de la cration potique est partout le mme, que nous le prenions la source langage ou ides ou intrigue ou composition (...) Parce qu'il se trouvait que je suis linguiste, c'est sous l'angle linguistique que je me suis plac, pour avancer vers l'unit de l'oeuvre"[2]. Cette stylistique organique rpugne mettre en avant les mdiations qu'implique l'activit discursive ; en faisant de l'oeuvre la projection des schmes obsdants d'une conscience cratrice elle minimise les articulations textuelles et les dispositifs d'nonciation, considrant chaque oeuvre comme un univers incommensurable tout autre dont n'importe quel plan peut tre mis directement en relation avec ce "soleil" que serait la conscience cratrice. On est ici loin de problmatiques qui feraient du linguistique une tape oblige de l'tude du texte littraire.
Nouvelle Critique et linguistique
Ces deux courants de la stylistique, atomiste et organique ont domin les relations entre linguistique et littrature jusque dans les annes 1960. A ce moment-l s'est produit une mutation importante dans l'tude de la littrature. Les promoteurs du structuralisme entendaient en effet prendre appui sur les progrs de la linguistique pour laborer une vritable science du texte littraire : au lieu de se contenter de puiser dans un stock traditionnel de notions grammaticales, il s'agissait pour eux de confrer la linguistique un rle vritablement heuristique. Sur le plan mdiatique ce programme semble avoir abouti au-del de toute esprance : des facults de lettres montrent immdiatement protestations vhmentes ou lamentations des enseignants de littrature contre les mfaits d'un "imprialisme linguistique" qui, selon eux, allait immanquablement dnaturer l'tude de la littrature.
A prsent que l'on dispose d'un peu de recul on est bien oblig de ramener les choses de plus raisonnables proportions. Si l'on entend par "linguistique" une discipline qui tudie les proprits des langues naturelles, on est surpris de constater que dans ces travaux d'analyse littraire qui se rclamaient alors du structuralisme il n'est gure question de groupes nominaux, de dtermination, d'aspect, de thmatisation..., ni mme de dialecte, de variation, d'intonation, etc. On y manipule essentiellement des notions comme "paradigme", "syntagme", "connotation", "signifiant", "actant"... L'"imprialisme linguistique", en fait, a surtout t un imprialisme smiologique, qui fondait sa dmarche sur la fameuse affirmation du Cours de linguistique gnrale de Saussure selon laquelle "la langue, le plus complexe et le plus rpandu des systmes d'expression est aussi le plus caractristique de tous" ; en vertu de quoi, "la linguistique peut devenir le patron gnral de toute smiologie, bien que la langue ne soit qu'un systme particulier" [3](1972 : 101). Comme le projet smiologique tel qu'il se formule alors amne les chercheurs utiliser des notions qui soient communes la diversit des matriaux smiotiques (cinma, bande dessine, image, thtre, littrature crite...), on vite de mettre l'accent sur la spcificit des langues naturelles. D'o la situation quelque peu paradoxale d'une linguistique officiellement "imprialiste" et envahissante, mais dans les faits singulirement discrte.
Les domaines qui se sont les mieux dvelopps l'intrieur du programme structuraliste, c'est la narratologie, la potique et l'tude du vocabulaire.
La narratologie, en dpit de quelques emprunts terminologiques plutt mtaphoriques ("proposition narrative", "mode"...), a connu un dveloppement qui ne doit pas grand chose la linguistique . Quant la potique (au sens troit d'une thorie de la posie), essentiellement sous sa version jakobsonienne, elle a prolong le programme des Formalistes russes du dbut du sicle sans devoir beaucoup l'tude des langues naturelles. Entendons-nous : sans le structuralisme linguistique, et en particulier les problmatiques du Cercle de Prague, la thorie jakobsonienne n'aurait pas pu se dvelopper, mais le principe qui dfinit la "fonction potique" selon Jakobson (la projection de l'axe des substitutions sur l'axe des combinaisons) n'implique pas une modlisation contraignante des proprits linguistiques. Ces dernires sont ici subordonnes aux rseaux d'quivalences institues par le surcodage des patrons de la posie. Le dveloppement remarquable qu'a connu la potique est en effet largement li au fait que les proprits des noncs soumis la "fonction potique" sont en fait d'emble structurales : le mtre, la rime, les strophes...dpendent d'un principe structural, ils permettent d'tablir des rseaux d'quivalences. Il existe ainsi une convenance remarquable entre les noncs potiques et l'pistmologie structuraliste, qui tait fonde sur les oppositions paradigmatiques. Il suffit de considrer un roman ou une pice de thtre pour comprendre pourquoi sur ce type de corpus les progrs dus la linguistique structurale ont t si minces : dans ce type d'noncs il n'existe pas d'organisation structurale superficielle qui permette d'entrer au coeur du fonctionnement textuel (nous ne parlons videmment pas de l'analyse des intrigues, qui rejoint la narratologie[4]). Rien d'tonnant si le reflux du structuralisme a pargn la potique, qui a pu dfinir un champ de recherches solide, mme si personne n'analyserait aujourd'hui "Les chats" de Baudelaire comme Jakobson et Levi-Strauss. De toute faon, il est difficile d'imaginer une potique un tant soit peu srieuse qui ne s'articulerait pas rigoureusement sur l'analyse de certaines proprits des langues naturelles, phontiques en particulier. En tmoigne d'ailleurs le fait que traditionnellement la potique est traite dans les ouvrages de grammaire.
Le seul domaine proprement linguistique qui se soit dvelopp, ce sont les tudes du vocabulaire des oeuvres littraires. Que ce soit dans la statistique lexicale[5], ou, de manire plus massive, dans les analyses inspires de la lexicologie structurale : tudes distributionnelles, champs smantiques, dcompositions smiques...On notera que la plupart du temps le vocabulaire ainsi tudi n'tait pas insr dans la trame syntaxique ou textuelle mais considr comme un rseau d'units dcontextualises, cens reprsentatif de l'oeuvre. La linguistique structurale, qui est une linguistique du signe, favorisait ce type de recherche, qui prolongeait, avec beaucoup plus de rigueur, d'anciens gestes philologiques[6]. La prdilection pour les tudes de vocabulaire s'explique galement par la facilit avec laquelle on peut en tirer des interprtations ; on manipule en effet des units doues d'un signifi que l'on peut croire en prise relativement directe sur des phnomnes extralinguistiques.
Ainsi, cette linguistique dnonce comme "imprialiste" l'gard de la littrature apparat-elle trangement absente lorsqu'on considre ce qui s'est rellement pass. Pour dnouer ce paradoxe il faut garder l'esprit la diffrence entre "structuralisme" et "Nouvelle critique", que l'on confond souvent, et tort.
Le structuralisme a travers l'ensemble des sciences humaines. La Nouvelle critique, en revanche, est spcifiquement oriente vers la littrature et s'est surtout dfinie par rapport aux tudes littraires telles quelles taient alors pratiques en France. Ces dernires taient domines jusqu'aux annes 1960 par l'"histoire littraire", qui s'intresse au contexte de la cration des oeuvres mais ne considre pas les oeuvres "en elles-mmes et pour elles-mmes", suivant une formule structuraliste. On a appel "Nouvelle critique" l'ensemble des recherches qui prtendaient rompre avec cette histoire littraire et considrer les uvres de faon "immanente". Mais dans cette Nouvelle critique se trouvaient en fait mles deux approches trs diffrentes :
- Les approches proprement "structurales", qui taient nouvelles ; elles voyaient dans les oeuvres la ralisation de codes arbitraires qui n'avaient de pouvoir de reprsentation du monde que sur le mode de l'illusion. Ds lors, le travail de l'analyste consistait dgager les rgles de ce code, arracher la littrature une idologie de la reprsentation du "rel".
- Les approches qui se situaient dans le prolongement de tendances anciennes; bien antrieures au structuralisme. La psychocritique, la critique thmatique, la critique sociologique de Lucien Goldmann... cherchaient la source du texte dans la conscience du crateur ou dans la conscience d'une classe sociale. On se trouvait ici aux antipodes des approches structurales, dans un type dapproche qui naccordait pas de rle privilgi la linguistique.
Aprs le structuralisme
Comme on avait associ le structuralisme littraire un "imprialisme linguistique", quand ce structuralisme, et avec lui l'ensemble de la Nouvelle critique, a reflu, on en a conclu, htivement, que la linguistique ne donnait pas de rsultats intressants en matire d'tude de la littrature. Les littraires se sont coups de la linguistique en invoquant une exprience rate, qui en fait... n'a pas eu lieu : les linguistes n'ont pas rellement pu investir leurs recherches dans l'tude des textes littraires.
Le structuralisme se fondait sur une linguistique structurale qui appartenait dj au pass. La linguistique gnrative est dj trs implante : le livre fondateur de N. Chomsky Structures syntaxiques date de 1957 et la thorie dite "standard", celle d'Aspects de la thorie syntaxique, date de 1965. Les articles de Benveniste sur l'nonciation ont t publis en 1958[7] et celui de Jakobson sur les embrayeurs en 1957[8] (il tait disponible en franais depuis 1963 dans les Essais de linguistique gnrale) ; le livre d'Austin How to do things with words , qui fonde la thorie des actes de langage, a t publi en 1962. Quant la grammaire de texte, elle se dveloppe prcisment partir de la fin des annes 60. Bien entendu, il existe toujours un dcalage temporel entre le moment o merge une nouvelle problmatique et le moment o elle s'impose, mais en l'occurrence ce dcalage condamnait l'chec le type d'alliance entre linguistique et analyse littraire qui s'tait scell dans les annes 60.
La linguistique sest oriente vers un "recentrage" sur les faits de langue, au dtriment des perspectives smiologiques, qui privilgiaient les concepts et les mthodes transverses la diversit des systmes de signes. A partir du moment o la langue est tudie dans sa spcificit on tend prendre en compte ce qui la rend incommensurable avec tout autre domaine empirique. Cela se traduit immdiatement sur le plan institutionnel : linguistes et spcialistes de littrature se sparent. Dans les annes 1960 et 1970 nombre de chercheurs se rclament des deux appartenances ; par la suite ce passage de la littrature la linguistique ne se reproduira plus gure. Seule la potique (entendue comme science de la posie) restera, par sa technicit et son enracinement dans la phontique, un champ d'tudes privilgi pour les linguistes[9].
Alors que la linguistique, renonant aux projets smiologiques, s'loignant des oeuvres littraires, semblait se replier sur la seule modlisation des langues naturelles, de l'intrieur mme de l'tude du langage se faisaient jour des transformations qui permettaient aux littraires et aux linguistes de renouer le contact sur des bases diffrentes.
Le dveloppement d'une linguistique de la cohsion et de la cohrence textuelle ainsi que d'une linguistique du discours, inspires par les courants pragmatiques et les thories de l'nonciation, facilitait considrablement la rflexion linguistique sur les noncs littraires. A partir du moment o l'on dispose de concepts attachs l'exercice du discours, les avances en matire de genres de discours, de polyphonie nonciative, de marqueurs d'interaction orale, de processus argumentatifs, de lois du discours, de tropes, de prsuppositions, etc. peuvent tre immdiatement opratoires pour l'tude du discours littraire. Avec de telles problmatiques on peut entrer de plain pied dans une oeuvre, l'apprhender la fois comme processus nonciatif et comme totalit textuelle, au lieu de devoir recourir aux dbris de la rhtorique traditionnelle pour l'analyse des units transphrastiques. Dsormais le recours la linguistique n'est plus seulement recours un outillage grammatical lmentaire (comme dans la stylistique traditionnelle) ou quelques principes d'organisation trs gnraux (comme dans le structuralisme), il constitue un vritable instrument d'investigation. L'analyse permet d'ouvrir des pistes indites l'interprtation ; l o l'on validait par des notions de grammaire descriptive usuelle des conclusions que l'intuition suffisait fonder, on peut dornavant laborer des interprtations que l'intuition n'aurait pas suffi dgager.
L'volution de la rflexion sur le langage va mme avoir pour effet de transformer le mode de questionnement, de rompre en quelque sorte le tte--tte de la linguistique et de la littrature. Pour entrer linguistiquement dans une oeuvre littraire, on ne peut en effet se contenter d'tudier des phnomnes de morphologie ou de syntaxe. Quand on rflchit en termes d'nonciation, on a accs des phnomnes linguistiques d'une grande finesse (modalits, discours rapport, polyphonie, temporalit, dtermination nominale, mta-nonciation...) o se mlent troitement la rfrence au monde et l'inscription de l'nonciateur dans son propre discours. Or la littrature joue normment de ces dtails linguistiques, qu'un commentaire littraire traditionnel n'a pas les moyens d'analyser. En outre, une rflexion sur l'nonciation permet d'aller beaucoup plus loin, car elle permet de passer sans solution de continuit d'une linguistique de la phrase une linguistique du discours, de l'oeuvre littraire en tant qu'nonc, agencement de marques linguistiques, l'oeuvre en tant qu'activit qui s'exerce dans le cadre d'une institution de parole. En postulant qu'il fallait tudier les oeuvres d'une manire "immanente", liminer tout ce qui n'tait pas rductible aux modes d'agencement des lments du texte, le structuralisme a rendu trs difficile la comprhension de l'mergence des oeuvres littraires dans le monde. Comment se fait-il qu'il y ait des noncs que l'on dit "littraires" ? qui nonce et pour qui dans ces oeuvres ? L'un des avantages majeurs de la problmatique de l'nonciation est de permettre d'entrer dans ce type de questionnement.
Le discours littraire
Placer l'nonciation au centre, c'est placer au centre une activit ; une activit bien singulire, au point que pendant longtemps on a sous-estim ou ignor le fait qu'il s'agissait d'une activit. Cette activit est la fois ce qui rend possible les noncs et ce par rapport quoi ils se structurent. Activit qui n'est en un sens ni l'intrieur ni l'extrieur de la langue, qui s'organise partir d'elle. Il y a l une manire d'envisager le discours, le langage comme discours, qui permet de concevoir la littrature non pas simplement comme des textes, mais comme un processus qui dstabilise la distinction spontane entre "texte" et "contexte". Il se produit ainsi un dcentrement de l'tude de la littrature ; dans l'espace esthtique ouvert par le romantisme, c'est--dire en fait jusqu'aux annes 1960, l'unique objet de l'tude tait l'auteur, de manire directe ou indirecte. Directement quand on tudiait sa vie ; indirectement quand on tudiait le "contexte" de sa cration. Mme quand on procdait une analyse stylistique, qu'on explorait l'organisation des textes, c'tait pour y lire une vision du monde. Avec le structuralisme le centre de l'investigation s'est dplac vers le texte. On a dcid de mettre l'auteur entre parenthses et de lire le texte en lui-mme et pour lui-mme. Aujourd'hui on a sans doute renonc dfinir un centre, ou, du moins, s'il y a un centre c'est en un sens bien diffrent, puisque c'est le dispositif de communication lui-mme. En apprhendant ainsi les oeuvres comme discours, en faisant de l'nonciation l'axe d'intelligibilit du discours littraire, on dplace son axe : du texte vers un dispositif de parole o les conditions du dire traversent le dit et o le dit renvoie ses propres conditions d'nonciation (le statut de l'crivain associ son mode de positionnement dans le champ littraire, les rles attachs aux genres, la relation au destinataire construite travers l'oeuvre, les supports matriels et les modes de circulation des noncs...)[10].
Ce dispositif est quelque chose d' la fois textuel et socio-historique. Parler de discours littraire, c'est assumer le fait que les noncs littraires sont indissociables d'institutions de parole, qu'on ne peut pas sparer l'institution littraire comme dispositif institutionnel et l'nonciation comme configuration d'un monde fictif. L'importance accorde la notion de genre de discours est un symptme probant de ce changement. Si lon parle tellement de "genre de discours" depuis quelques annes, ce nest pas pour reconduire purement et simplement les dbats issus de la Potique d'Aristote. La tentation est toujours grande de rduire les genres de simples moules pour les noncs ; comme la plupart des gens n'ont accs la littrature qu' travers l'cole, ils finissent par avoir l'illusion que les grands crivains ont crit des textes... qui figurent dans des manuels scolaires. Mais les oeuvres sont la fois des ensembles de signes sur des pages et des noncs qui s'inscrivent l'intrieur de genres d'activits prtablies. Plutt que de poser les textes l'extrieur de la socit pour se demander ensuite comment ils s'y inscrivent, il est prfrable de les penser d'emble non seulement comme un certain mode d'organisation textuelle, mais encore comme une activit sociale dtermine qui implique un moment, un lieu, des partenaires d'un certain type. Une tragdie par exemple n'est pas seulement une manire de dire la destine de l'homme, c'est un certain rite nonciatif qui se droule dans certaines circonstances et l'intrieur d'un certain dispositif spatial, pour certaines catgories de public ; de ce fait, envelopper dans la mme essence les oeuvres de Sophocle et de Racine sous prtexte que tous deux ont crit des "tragdies" ne va pas de soi.
Enoncer de la littrature, c'est la fois s'appuyer sur un dispositif de communication et le valider travers cette nonciation mme, tiers jamais inclus, jamais exclus de l'oeuvre. On ne peut opposer les "contenus" un "dehors" contingent abandonn l'histoire littraire : le "contenu" s'ouvre au "dehors" et le "dehors" traverse le "contenu". L'nonciation parle d'espaces et d'institutions mais elle est aussi un espace et une institution de discours. Le sens n'est pas enferm dans l'oeuvre ou dans le fond de la conscience il mobilise en boucles paradoxales des instances (textuelles, sociales, biographiques) qui ne sont qu'en apparence trangres les unes aux autres. L'oeuvre n'est pas une reprsentation, un agencement de contenus qui permettrait d'"exprimer" de manire plus ou moins dtourne, peines et joies, idologies ou mentalits. Elle parle effectivement du monde, mais son nonciation est partie prenante du monde qu'elle est cense reprsenter. Il n'y a pas d'un ct un univers de choses et d'activits muettes, de l'autre des reprsentations littraires dtaches de lui qui en offriraient une image. La littrature constitue elle aussi une activit qui ne configure un monde qu'en grant sa propre mergence dans ce monde. Les conditions d'nonciation du texte littraire ne sont pas un chafaudage contingent dont celui-ci pourrait se librer, elles sont indfectiblement noues son sens. L'oeuvre ne peut reprsenter un monde que si ce dernier est dchir par le renvoi aux conditions de possibilit de sa propre nonciation.
La littrature vit en outre d'changes permanents avec les autres formes de discours d'une socit, qu'elle dtourne, parasite. On en a une illustration particulirement nette avec la littrature classique franaise. A cette poque le modle implicite de rfrence pour la littrature, c'est la conversation de salon, la conversation raffine. Madame de Svign, La Bruyre, La Fontaine, Molire...sont hants par ce modle. Avec le romantisme les choses basculent : la conversation devient un repoussoir ; on se met au contraire s'inspirer de genres de discours comme la lgende, la chanson populaire...Dans une perspective d'analyse du discours on n'apprhende pas la littrature en opposant de manire rductrice textes littraires et textes non-littraires, mais en replaant le discours littraire dans la multiplicit des nonciations qui traversent l'espace social. On renonce par l l'opposition consacre par l'esthtique romantique entre une parole "intransitive" "autotlique" (la littrature), qui n'aurait pas d'autre vise qu'elle-mme, et des paroles "transitives", c'est--dire le reste des noncs, qui seraient au service de finalits places l'extrieur d'elles-mmes. Cette opposition mise en place la fin du XVIII sicle est progressivement devenue un dogme, que le structuralisme n'a d'ailleurs pas remis en cause. Elle est solidaire d'une poque o l'artiste, en l'occurrence l'crivain, tait pos en Sujet suprme, o la littrature se posait " l'exception de tout", pour reprendre une formule clbre de Mallarm. Le dveloppement des recherches en analyse du discours porte atteinte ce dogme en prenant pour objet d'tude n'importe quel type d'nonc. Alors qu'auparavant l'tude minutieuse des textes tait rserve la littrature, on dcouvre aujourd'hui que toutes les formes d'activit verbale sont soumises des structurations multiples. Les clbres "maximes conversationnelles" de P. Grice, sont valides non seulement pour une conversation dans la rue mais encore dans les oeuvres littraires, quoique de manire spcifique. On assiste ainsi un retournement : les textes littraires qui absorbaient traditionnellement l'essentiel des entreprises d'analyse de texte ne sont plus aujourd'hui qu'un sous-ensemble du champ des tudes du discours.
Cette situation est trs diffrente de celle qui prvalait dans les approches stylistiques traditionnelles o la linguistique tait convoque, ce qui tmoigne d'une "ouverture" et peut mme passer pour une forme d'interdisciplinarit, mais dans les limites fixes par le spcialiste de littrature, qui se rserve la dcision de procder cette analyse linguistique et dtient l'exclusivit de l'interprtation. Tant qu'on demeure dans ce cadre il importe peu que l'on recoure quelques notions vagues de grammaire traditionnelle ou des concepts linguistiques rigoureux : le dispositif demeure pris dans l'espace des belles-lettres. Bien entendu, il y a des approches de la littrature qui ne peuvent que se fonder sur la singularit d'une rencontre entre un lecteur et une uvre ; mais ds qu'il s'agit d'laborer un vritable savoir sur les conditions d'existence et d'organisation des noncs littraires, on ne saurait se satisfaire de telles dmarches. Les sciences du langage confrontes au discours littraire sont ainsi appeles jouer un rle plus important que par le pass ; elles ne vont plus se contenter d'aider tirer des interprtations, elles vont dire quelque chose sur l'oeuvre elle-mme en tant que discours. Le grand dfaut de nombre de commentaires stylistiques traditionnels est qu'ils ne recourent des concepts linguistiques qu'en passant, les traitant comme des instruments qu'on prend et qu'on laisse. A notre sens, les sciences du langage doivent au contraire permettre de dcouvrir des choses nouvelles, et pas seulement de valider des interprtations qui ont t labores indpendamment d'elles.
Les rapports entre sciences du langage et littrature ne sont donc vritablement intressants que si l'on sort du modle que l'on peut dire "applicationniste", o on ne ferait qu'"appliquer" les concepts des sciences du langage un corpus qui serait leur chasse garde et qu'ils devraient maintenir pur de toute contamination extrieure.
Il faut faire intervenir les sciences du langage selon deux modes. Mme si le partage entre ces deux types d'intervention est impossible faire dans le dtail, invitablement les savoirs linguistiques que l'on va ainsi convoquer relveront la fois de catgories de langue (aspect, dtermination, temporalit, fonctions syntaxiques...) et de catgories o l'nonc est envisag comme acte de communication rapport un dispositif d'nonciation (cohrence textuelle, contrat, lois du discours, genre de discours, scne d'nonciation, thos, champ littraire ...) qui informent les premires et les intgrent. L'abord "grammatical" ne peut se suffire lui-mme, il ne prend sens que rapport l''abord "discursif". L'analyste est contraint de s'appuyer sur une thorie du discours littraire dont les catgories ne sont rductibles ni celles de la grammaire ni aux dbris de la rhtorique traditionnelle.
Dans la conception que nous avons dite "applicationniste" chaque explication de texte part en quelque sorte de zro ; l'ide mme d'un savoir cumulable semble hors de saison. Le texte est une masse confuse travers laquelle l'analyse dessine des parcours qui en dernire instance sont mis au service d'une interprtation. Pour passer de l'tude d'un fait de langue de telles interprtations littraires, on y opre un saut qui met en vidence le talent du commentateur, puisque les deux ordres de ralit mis en relation sont prsents comme incommensurables. En revanche, si l'on inscrit l'tude des faits de langue l'intrieur d'un cadre d'analyse du discours la pratique y perd beaucoup de son caractre magique. En travaillant l'intrieur d'une certaine modlisation du discours on ne passe pas par saut miraculeux d'une analyse linguistique une interprtation ; on doit prendre en compte un ensemble d'tagements et d'articulations du discours, d'invariants que chaque oeuvre ou genre instancie de manire propre.
Conclusion
Continuer rflchir en termes traditionnels sur les rapports entre linguistique et littrature, ce serait reconduire anachroniquement un questionnement hrit du XIX sicle. Le couple linguistique/littrature ne peut rester solidaire des prsupposs hrits de lesthtique romantique. En raisonnant en termes d'analyse du discours littraire on est amen mettre en cause l'opposition immdiate entre un "intrieur" du texte qui serait passible d'une approche stylistique faisant occasionnellement appel la linguistique, et un "extrieur" qui relverait de l'histoire littraire et sur lequel les sciences du langage n'auraient aucune prise. Prendre au srieux la notion de discours, assumer le pouvoir heuristique des disciplines qui s'en rclament, c'est dstabiliser la vieille alliance entre linguistique et littrature o la linguistique rduite la syntaxe et la lexicologie tait convie intervenir ponctuellement et sous contrle strict. Une telle reconfiguration des relations entre l'espace linguistique et l'espace littraire, mme si elle est dj l'oeuvre dans nombre de recherches actuelles, ne s'imposera pas aisment car elle met en cause un certain nombre de partages institutionnels et d'habitudes. Une chose est sre, l'ge d'or de la stylistique, qui s'est ouvert avec le romantisme, est en train de se fermer sous nos yeux.


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** Paru dans Prospettive della francesistica nel nuovo assetto della didattica universitaria, Gabriella Fabbricino d., Societ Unversitaria per gli Studi di Lingua et Letteratura Francese, Atti del Convegno Internazionale di Napoli-Pozzuoli, 2000, p. 25-38.
[1]"A propos du style de Flaubert" (1920), repris dans Chroniques, Paris, Gallimard, 1928, p.193-206
[2] Spitzer, L., Stylistics and literary history, 1948, Princeton University Press, p.18,
[3] Saussure, F. de (nlle. d. 1972) : Cours de linguistique gnrale, Paris, Payot, p.101
[4] Significatif de cette dmarche d'analyse narratologique du thtre, le travail de smiotique de Thomas Pavel (1976).
[5]On peut citer les recherches de P. Guiraud (1960) ou ceux de Ch. Muller (1967)
[6] Il suffit de songer aux travaux de G. Mator (1953) qui entendait promouvoir une "lexicologie sociale" o les mots reflteraient les volutions de la socit.
[7] Ils ont t connus d'un vaste public partir de 1966 grce la publication des Problmes de linguistique gnrale (Gallimard).
[8] "Les embrayeurs, les catgories verbales et le verbe russe" (1957) constitue le chapitre 9 des Essais. Sa conceptualisation reprend celle de deux communications faites en 1950
[9]Les contributions les plus significatives la potique demeurent celles des linguistes ; parmi les chercheurs francophones on peut voquer les noms de N. Ruwet, M. Ronat, J.-C. Milner, B. de Cornulier, Marc Dominicy...
[10] Sur cette problmatique voir notre Contexte de luvre littraire, (Paris, Dunod, 1993)
    
 
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